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Retour03 avril 2025
Jessica Potsou - jpotsou@medialo.ca
Des étudiants en grève à Terrebonne et L’Assomption

©Jessica Potsou - La Revue
Les étudiants du Cégep de Lanaudière à Terrebonne ont manifesté devant l’établissement.
Des étudiants de partout dans la région se sont mobilisé le mercredi 2 avril afin de dénoncer la fin prématurée du programme de bourses Perspective.
Plus de 25 000 étudiants à travers la province, dont ceux du Cégep de Lanaudière, étaient en grève. Ce qu’ils dénoncent, c’est le fait que le gouvernement ait coupé dans un programme d’aide aux étudiants, sans pour autant que cet argent soit réinvesti.
« C’est une coupure drastique et il n’y a pas d’autres moyens qui sont employés [pour aider les étudiants qui comptaient sur ces bourses] », souligne Élisabeth Nadeau, coordonnatrice à l’Association générale des étudiantes et étudiants du Cégep de Lanaudière à Terrebonne (AGEECLT).
Pour plusieurs étudiants, l’annonce de février dernier est tombée en plein dans la période des demandes d’admission à l’Université.
« Je suis un peu en train de remettre en question mon parcours scolaire. Je pense peut-être aller plus vers une technique au cégep parce que, pour moi, l’université, on dirait que ça devient impossible d’y accéder avec les coûts que ça engendre », mentionne Alexandra Labelle qui comptaient sur cette bourse pour faire un baccalauréat en enseignement, profil adaptation scolaire.
Pour Coraly Bilodeau, responsable du socioculturel de l’AGEECLT, il est inconcevable que le gouvernement investisse dans de grosses entreprises, au lieu de l’investir dans la génération de demain.
« L’éducation, c’est quelque chose de super important dans notre société. On dirait que la CAQ, elle ne comprend pas ça. Elle vient couper ici, mais elle donne plein d’argent, mettons à Stablex ou à des entreprises américaines comme si ça, c’était plus important que nous autres », déplore-t-elle.
Déjà difficile de joindre les deux bouts
Si le programme de bourses Perspective avait initialement été mis en place afin d’attirer des gens dans des secteurs où la pénurie de main-d’œuvre se fait ressentir, les associations étudiantes sont d’avis que sa fin pourrait occasionner une baisse importante des inscriptions dans les programmes qu’il visait.
« Il y a beaucoup de gens qui vont continuer à aller dans ces programmes-là, mais qui, au final, vont juste s’endetter. Puis plus tu t’endettes, plus c’est difficile d’évoluer dans la société. Donc, ça va faire en sorte que des gens qui voulaient peut-être aller en éducation ou en santé vont changer de programme à cause de ça », martèle Mme Bilodeau.
Notons d’ailleurs que cette coupe survient alors que de plus en plus d’étudiants se retrouvent dans des situations de précarité financière.
« On ne peut pas laisser une coupe comme ça aller de l’avant. C’est 250 millions de dollars qui viennent d’être coupés, alors qu’on vient d’apprendre que 40 % de la population étudiante vit de l’insécurité alimentaire », a déclaré Antoine Dervieux, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ).
Ce dernier explique qu’un étudiant de L’Assomption lui a lancé à la blague : « On voudrait montrer qu’on est fâché en faisant une grève de la faim, mais ça ne servirait à rien. On a déjà faim. »
Des solutions envisagées ?
Antoine Dervieux est d’avis qu’il y a plusieurs solutions, dont la rémunération des stages, alors que ceux-ci sont assujettis aux lois appliquées par la CNESST.
« À aucun moment, la ministre n’est venue nous voir pour poser la question: comment pourrait-on mieux faire fonctionner 250 millions ? Parce qu’avec 250 millions, je peux vous le dire, nous on en a des solutions qui pourraient améliorer la situation », conclut le président de la FECQ
Plus d’une centaine de manifestants
En grève le 2 avril, les étudiants du Cégep de Lanaudière étaient près d’une trentaine à Terrebonne et environ 120 manifestants du côté du campus de L’Assomption pour faire entendre leur voix.
Face à cette situation, le Cégep de Lanaudière à Terrebonne a affirmé soutenir les étudiants dans leur démarque.
« Dans notre cas, c’est un seul programme qui est touché, celui de génie électrique. Ce sont donc 45 nouveaux étudiants l’an prochain qui n’y auront plus accès », souligne le directeur Sylvain Riendeau précisant que cette annonce allait également toucher plusieurs étudiants dans la poursuite de leurs études à l’université.
« C’est très dommage pour eux », renchérit-il en ajoutant que l’établissement est très impliqué auprès des étudiants afin de les aider à atteindre le niveau universitaire.
Les étudiants peuvent également compter sur l’appui de Catherine Gentilcore, députée de Terrebonne et porte-parole du Parti québécois en matière d’enseignement supérieur.
« La rémunération des stages, c’est reconnaitre l’apport des étudiantes dans des domaines névralgiques de notre État. Je parle au féminin parce que oui, dans la plupart des cas, ce sont des domaines à prédominance féminine et on semble considérer l’apport bénévole des femmes comme quelque chose d’acquis. L’attractivité et l’équité salariale, ça commence au début de la chaine avec les stages rémunérés », déclare-t-elle.
Réaction du ministère
Contactée par La Revue, la ministre de l’Enseignement supérieur et députée de Repentigny, Pascale Déry, réitère ce qu’elle avait souligné en février dernier : « Devancer la fin des bourses Perspective Québec n’est pas une décision facile, mais par souci de saine gestion des finances publiques et compte tenu des effets inégaux observés dans les divers programmes admissibles, il s’agit d’un choix responsable. Nous souhaitons plutôt miser sur d’autres solutions pour valoriser les professions, comme nous l’avons fait en améliorant les conditions de travail et les salaires des employés dans les réseaux de la santé et de l’éducation, notamment ».
Qu’est-ce le programme de bourses Perspective?
Le programme de bourses Perspective a été mis en place par le gouvernement du Québec afin d’augmenter le nombre de personnes qualifiées dans les services publics essentiels ou dans des domaines importants de l’économie où il y a pénurie de main-d’œuvre.
Ainsi, 1500 $ par session collégiale et 2500 $ par session à l’université étaient attribués aux personnes étudiant à temps plein dans les programmes admissibles.
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